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2006/6/3

Même combat...

M.P. Officier M.P. Est-ce le nom que me murmurera à l’oreille ma douce et tendre épouse lorsque je reviendrai du front, ou est-ce celui qui sera gravé sur ma tombe après un dernier hommage de mes pairs ? Mon destin est-il d’être un énième soldat devant mourir pour sa patrie, ou vais-je avoir le privilège d’être celui qui survit à l’enfer ?

 

Je me souviens que les livres d’histoire faisaient mention de cette célèbre phrase prononcée durant la seconde guerre mondiale par un général allié : l’objectif n’est pas de mourir pour sa patrie, mais de faire en sorte que l’enfoiré d’en face meurt pour la sienne. Oui, c’était quelque chose dans ce goût là et j’avoue partager cette idée. Je n’ai pas envie de mourir. Pas encore...

 

Mais lui qui m’attend au détour de cette ruelle et dont je perçois l’ombre traîtresse se profiler au-delà d’un mur protecteur, n’est-il pas en train de se dire la même chose ? Qu’importe. Si l’un de nous doit y rester, j’aime autant que ce soit lui. Dommage pour toi l’ami. Il aura suffit que tu naisses de l’autre côté du front pour nourrir des idéaux contraire aux miens. Et puisque les hommes semblent incapables de faire preuve de tolérance, c’est par la force que je vais t’imposer les miens. Les anciens en ont décidé ainsi. Les enfants doivent mourir en soldats patriotiques pour défendre ce en quoi leurs parents croient. Adieu mon frère. Je n’oublie pas que dans d’autres circonstances…

 

[détonation]

 

Surgissant dans l’angle de la ruelle, j’ai pressé la détente pour expédier une balle meurtrière dans le thorax de l’individu. Celui-ci s’écroule dans une marre de sang. La balle est passée entre deux côtes pour venir perforer le cœur de part en part. Son souffle se fait haletant. Il peine à respirer. Je m’agenouille à ses côtés et le prend dans mes bras. Je le tiens ainsi serré contre moi jusqu’à ce qu’il s’en aille, ses yeux larmoyants braqués sur moi. Je ne cherche pas à fuir son regard. Au contraire. Je le capte. J’accepte le jugement de son âme.

 

Enfin. C’est fait. Je parviens à revoir son regard en détournant les yeux. La persistance de ce souvenir dans ma mémoire sera long. Et extrêmement douloureux. Mais c’est ce qui fait que je me sens encore humain. Je ne suis pas un de ses monstres qui tuent sans amertume ou remord. J’ai ôté la vie de cet homme. Je me dois au moins de me souvenir de lui, de ses yeux. Il a le droit de hanter mes nuits pour ce que je viens de lui faire, pour ce que je viens de lui ôter. Et puis, puisqu’on ne sait si son corps sera identifié d’ici à la fin de ce conflit, que restera-t-il de lui si moi aussi je l’oublie ?

 

Aujourd’hui je prends ta vie. En retour je te promets de ne jamais t ‘oublier. Tu resteras pour toujours dans ma mémoire ce jeune homme de 18 ans fauché par une de mes balles au détour d’une ruelle. Repose en paix. Là où tu vas la folie des hommes n’est plus, et personne ne te demandera de sacrifier ce que tu as de plus cher pour engraisser la vanité de quelques porcs appartenant à un état pseudo démocratique.

 

Je continue ma progression dans cet enfer plus communément appelé Sniper-Town. Une ville en ruine qui offre un terrain de jeu idéal pour les spécialistes de la mort à longue distance. Chaque recoin de ces quartiers offre une cachette potentielle pour un bon sniper. Dès lors, il ne s’agit plus pour l’ennemi de repérer une simple fenêtre ou une ruelle mais bien tout type de brèche dans un mur qui soit susceptible de laisser passer le canon d’un psg-1 et ses munitions meurtrières sifflant vers leur cible à près de 300 kms/h. La conquête de ce type de ville tourne ainsi très souvent au siège dont la durée peut aisément excéder plusieurs mois.

 

Bien sûr, il est tout aussi courant de raser entièrement la ville par un raid aérien massif lorsque la situation paraît s’enliser de manière interminable. Néanmoins, cela équivaut à se passer de toutes les richesses que pouvait receler la ville en question : dépôts de nourriture, caches d’armes, objets de valeur, sans oublier évidemment les quelques prisonniers de guerre que l’on aurait eu tout le loisir de torturer pour obtenir des renseignements aussi précieux que les derniers codes de cryptage des transmissions, la position des différents abris de combattants, la composition exacte des unités en poste dans les environs, etc.