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2006/4/9

Aile et île

Elle rêve.
 Idéalisation de l’île de sa vie.
« Cher journal où est l’homme de ma vie ? Où est l’âme de ma vie ?
En attendant, je survie … »
Pathétique.
Il n’y a pas de tactique du bonheur ; ne recherche pas l’âme sœur.
Il est quelque part. Il attend.
Quel intérêt d’avoir une aile. Il s’habitue à sa main masturbatrice.
Plaisir solitaire.
Et pourtant…
Elle rencontre il à l’île de ré. Il croise elle dans une ruelle.
Elle a craqué sur son sourire « émail diamant ».
Il est attiré à elle comme un aimant.
En un regard, ils deviennent couple.
Hier, aujourd’hui et demain se mêlent.
Une seconde.
Une vie bascule.
STOP
Et je dans l’histoire.
C’était son île.
Son paradis.
Sans il, je a perdu ses ailes.
« Je suis une aile tout autant qu’elle. »
Il veut avoir deux ailes mais il n’a qu’un seul cœur.
Il veut voler plus haut qu’avec une seule aile.
Ce plaisir multiplié le brûlera dans cette addition d’ailes
. Cet homme sans âmes a deux femmes.
Il n’ira pas loin…
Qu’importe.
Je tue il.
CHUT
Je regarde elle et il…
Je souffre en silence.
Ce silence qui les tuera.
 CRUELLE
Elle oublie son passé.
Elle est née colombe sans ailes, grâce à il elle se sent libre.
Il est seul au monde, personne à aimer, seul sur son île il a trouvé
elle…
A présent, ils s’envolent au septième ciel.
Plaisir charnel ?
Plus que ça osmose sexuelle !
Elle aime il, elle aime île dans aile.
Elle se noie dans l’île, dans ses yeux d’un profond bleu indigo.
A travers son hublot je admire île, je sais tout de l’avenir de ce couple
encore parfait.
Jeu pervers…
Elle fédérée à il.
Il fédéré à elle.
Le silence régnait souvent entre eux.
Pas de gêne.
Pas de communication…
Elle aime le monde virtuel, ils s’avouaient leurs mots et leurs maux par
émails interposés.
ETRANGE.
Pour île, aile était un « être-ange ».
Pour aile, île était l’effigie d’un dieu grec.
Arrête de tout idéaliser !!!
Il n’a rien à dire, elle parle trop.
Elle masturbe son cerveau, il déteste ça.
Le rêve de elle s’envole à tire d’ailes.
Ça semblait beau vue d’ici…
Idée préconçue que l’amour dure toujours ?
Aile désenchantée. Aile enchaînée à île.
[Sauvage Osmose schizophrénique.]
Relation à huit clos. Une fraude humaine.
Elle souffre d’une « nostalgie du futur ».
Aller loin ! Avec il ? Sans il !
Elle croyait avoir atteint une certaine liberté, elle se retrouve enfermée
dans une cage à barreaux dorés :
Aile froissée.
Elle quitte il.
Il déserte elle.
Elle lui écrit un émail.
« Reprends mes ailes, je retourne dans mon île. »
Elle gardera le souvenir d’une œuvre inachevée.
Elle pleure.
 
 
La Dahlia noire
 
La Dahlia noire c'est un peu notre résistance, une âme nature et entière dans un univers superficiel et fade; un univers faux qui nous rend capable de s'amouracher trop facilement de poèmes à l'eau de rose faits pour la masse ignorante.
A vous de poursuivre l'expérience à travers son "monde virtuel" pourtant plus vrai que celui dans lequel nous vivons...
 
2006/4/6

Le renversement

 

Le renversement

               

C'est hier que tout a basculé. Hier que les choses se sont renversées. C'est trop récent, personne n'a encore rien compris. Il faut faire une pause.

Pause...Pause !...PAUSE !!! Un murmure qui devient un cri, quand approchent les 20 h 50. La rumeur court, croit, rebondit contre les murs, passe d'un étage à l'autre. C'est l'heure de la pause. Les couloirs s'agitent et les fumeurs convergent vers la grande porte rouge du centre, qui claque, claque, claque. En bas, les étincelles des briquets embrasent des bouts de papier que tout le monde appelle  garo.  Moi, je reste encore tranquille sur mon lit à écouter mon reggae en essayant d'en rouler une en position couchée. Pas évident. On sort toujours en retard à la pause avec Philou, Marc et Bob. Question de principe.

Des fois on descend vraiment trop en retard parce qu'on n'a pas vu l'heure, parce qu'on a pas entendu l'appel ou parce qu'on a trop pris notre temps. On descend et on croise tout le monde qui remonte en criant, en courant, en se poussant. Quand on sort, on voit un pion ou deux qui finissent de rameuter les derniers pour que tout le monde regagne sa piaule. De bons chiens de berger. Alors on demande si on peut s'en griller une petite. Des fois ils disent OK, des fois ils disent Nan.

Et on remonte.

Bob dit que l'internat c'est une prison. Au début je voyais pas de quoi il voulait parler. On n'est pas en prison : On est tranquille, on fait ce qu'on veut. Personne nous embête et on embête personne. Mais Bob il parlait pas de nous, il parlait des autres lycéens. De ceux qui luttent tous les jours pour garder un peu de vie privée dans leur chambre, de ceux qui rackettent, qui intimident, qui mentent, qui forcent les portes avec les pieds et les cadenas avec un couteau, de ceux qui sont loin de chez eux, de ceux qui picolent en cachette, de ceux qui sont trop gentils pour se défendre, trop chétifs pour dire non, trop peu sûrs d'eux pour oser en parler, de ceux qui cherchent désespérément un appui ou un ami entre ces murs, de ceux qui veulent travailler, et bien sûr de ceux qui s'emmerdent et qui considèrent l'internat comme un immense terrain de jeu. La majorité. Nous quatre, on fait pas partie de ces catégories. On est les calmes, ceux que tout le monde pense être défoncés à la fumette – quelle idée, enfin – les baba-cools qui restent dans leur coin.

Un soir, je triais mes affaires de sport en écoutant les complaintes de Bobby (Marley, pas mon pote) et je me suis demandé : c'est quoi une prison ? C'est un lieu où on est enfermé, d'où on ne peut s'échapper. Un lieu avec ses propres règles, où tout tourne en circuit fermé. Un lieu où on n'a pas choisi d'être, où on doit survivre jusqu'à ce qu'on en sorte. Et je me suis dit : Ouais, l'internat, c'est sûrement une prison.

Mais revenons à mon histoire.

La pause, c'est entre  20 h 50 et 21 h 10. Ici, tout est réglé à l'horaire. Théoriquement. En réalité, la pause commence à peu près quand le manque de nicotine devient trop fort et qu'il y en a un qui gueule PAUSE assez fort pour que tout le monde sorte de sa chambre. S'il y en a trop qui veulent descendre, les pions ne peuvent rien faire. C'est la loi du nombre. Et si un étage descend en pause, l'autre s'en aperçoit et met illico la pression à son pion pour descendre à son tour. C'est la loi de la solidarité inter fumeurs.

Toujours en théorie, on doit tous travailler entre 20 h et la pause. C'est l'étude obligatoire dans les chambres. En fait, s'il y en a un qui veut vraiment travailler, il est obligé de demander à aller dans une salle à part. L'ambiance n'est jamais vraiment à l'étude à l'internat, même durant l'étude. La période comprise entre la pause et 22 h est un temps de relâchement, et c'est le moment où la pratique rejoint la théorie. Relâchement est d'ailleurs un mot faible. Explosion serait mieux. Toute le monde court, gesticule, s'apostrophe, se bouscule. Même nous, des fois. C'est l'heure ou tous les forfaits se commettent, justement à cause de cette fébrilité pré nocturne. C'est aussi l'heure où on peut prendre sa douche, et c'est une invasion en règle des salles de bain.

Les pions, ici, sont omniprésents. Mais ils ne servent à rien. On ne peut rien faire sans un pion, mais un pion ne peut rien faire pour nous. C'est la première chose qu'on apprend à l'internat. Les pions passent leur temps à courir partout, à pousser des gueulantes inutiles et à noter les noms des élèves punis. Ils sont marrants à regarder les pions, ont dirait des poupées de chiffon portées par un vent changeant.

Ici, c'est un lycée du bâtiment. Menuiserie, plâtrerie, plomberie, peinture... C'est pas des tendres qui sortent d'ici, c'est des durs. Surtout s'ils ont été internes. Parce que pour tenir quatre ou cinq ans enfermé dans cette prison, il faut s'adapter. Chacun sa technique : il y a ceux qui cherchent la protection. Ils se trouvent un ange gardien et ils essayent de s'en faire un ami. Il y a ceux qui vampirisent les autres, qui empruntent à long terme, qui soumettent les autres à leur loi. Et il y a ceux qui se trouvent un groupe de confiance,  un réseau d'amis, une seconde cellule familiale.

Mais la confiance est toute relative ici. Tout le monde semble être de confiance, les affaires n'en disparaissent pas moins régulièrement. Un conseil : ne laissez pas traîner un bijou ou un paquet de clopes sur votre bureau pendant que vous allez aux chiottes. Au retour, il n'y aura plus rien et vos amis de confiance n'auront rien vu. Il faut tout enfermer à clef dans l'armoire, même le portable qui charge, même la nuit. Même les cours ! Et lorsque vous retrouvez vos affaires – cas rarissime – vous vous rendez compte que vos voisins de chambrée ne sont pas aussi sympas que vous le croyez. Dans le meilleur des cas, ils ont juste couvert le coupable. Ils n'ont pas parlé. Alors vous voulez changer de chambre, retrouver vos « vrais » potes, en qui vous avez « vraiment » confiance, et c'est la même cérémonie qui recommence.

Ici, il n'y a que deux règle : Ne faire confiance à personne. Ne jamais parler.

Celui qui parle est un homme mort. Celui qui parle est un vendu, un déchet. De la viande en sursis.

La semaine dernière, Marc m'a dit qu'on avait beaucoup de liberté ici. De la liberté ? J'ai pas compris. Alors Marc m'a raconté la vie à l'internat d'où il venait. J'ai eu du mal à y croire. Durant les études, tout le monde travaillait, au moment de l'extinction des feux, tout le monde allait se coucher, les portables étaient interdits, le moment de relâchement durait une demi-heure et chaque désobéissance était automatiquement sanctionnée. Bizarrement, il avait ressenti ce canevas de règles comme une sécurité.

Ici, il est impossible de dormir avant onze heures du soir. Entre ceux qui discutent, ceux qui fument au fenêtres, ceux qui regardent un film, ceux qui se lèvent pisser, boire, ramener un truc dans  une chambre, re-boire, chercher un truc oublié dans une autre chambre, taquiner machin, emmerder bidule, embrouiller le pion, chercher du PQ, faire plusieurs chambres avant de trouver quelqu'un qui veut bien lui en prêter, chier, oublier de rendre le PQ, dire bonne nuit à truc et à muche – de chambres différentes, re-croiser le pion qui se demande pourquoi il est pas encore au lit, se rendre compte  que son lit a été mis en cathédrale, chercher le coupable, détourner le lit de la mauvaise personne, réveiller un voisin qui dormait et qui n'est pas content, s'engueuler avec celui dont on a détourné le lit et  qui n'est pas content non plus, se rendre compte que son voisin de chambrée se marre et que c'est lui qui a détourné le lit, lui piquer ses couvertures, se faire détourner le lit par un tiers pendant qu'on course le premier dans le couloir, se faire avoiner par le pion parce qu'il est tard et qu'on est toujours pas au lit, passer encore un quart d'heure pour régler les problèmes du lit détourné, du voisin pas content qui frappe au mur, des piles du discman perdues – parce sans musique c'est pas possible de dormir – du PQ oublié – parce que l'autre, il l'avait pas oublié – et se rendre compte qu'on est trop excité pour dormir. Tu parles. Alors, on se lève, on va boire...

Vous avez compris : Marc, dans son ancien internat, il pouvait pas faire ce qu'il voulait. Mais au moins il arrivait à dormir.

La liberté, c'est pas forcement la solution, surtout à notre âge. Sans règles générales, chacun fonde sa règle. Et tant pis si elle empiète sur la règle de son voisin.

Malgré tout, certaines choses sont solides dans cet internat. Des mots comme CPE et proviseur inspirent toujours un minimum de crainte. Le jour, il y a les cours, dans lesquels règne un certain  calme. Le week-end, chacun repart dans sa famille et remet les pieds sur terre. Et puis il y a les vacances scolaires, les devoirs à faire, les interros...Toutes ces choses installées, immuables, taillées dans le marbre.

C'est pour ça que hier, j'ai pas compris. Tout le monde semble faire comme si de rien n'était, mais moi je tique. Pierre a toujours été un garçon très calme. Trop calme, diront certains... Bien sûr, on pouvait pas deviner qu'il prenait des pilules pour les nerfs. On l'a toujours vu nonchalant, pépère, cool Raoul.

Hier soir, c'était mercredi. Et le mercredi après-midi, tout le monde se débrouille pour se rendre en ville. Le covoiturage, le bus, le stop, tous les moyens sont bons. Il faut savoir que le lycée se situe à plus de trente kilomètres de toute civilisation décente, et notamment de toute présence féminine. Alors le mercredi après-midi, tous les jeunes du lycée se retrouvent dans les rues ou dans ces sanctuaires de la meuf qu'on nomme les lycée d'enseignement général. Souvent, on a soif à force d'arpenter les rues. Des fois on boit de l'alcool. Des fois beaucoup.

            Hier soir, Pierre, il est revenu au lycée avec un peu trop d'alcool dans le nez. Faut dire qu'il s'était fait larguer la veille au soir, le Pierre. Et il l'avait plutôt mal vécu. Alors il avait bu pour essayer d'oublier. Mais tout ce que l'alcool lui avait fait oublier, c'était ses pilules. Et hier soir, à 19 heures, c'est une boule de nerf qui est descendu du bus et qui s'est dirigé vers le réfectoire. On dit qu'il aurait insulté le chauffeur en descendant, sans raison. En tout cas, en rentrant dans le self, il s'est mis à regarder le CPE avec des yeux qui voulaient dire « ouais, je suis bourré et j'essaie même pas de le cacher. Par contre, essaie de me dire quoi que ce soit et tu vas comprendre ta douleur ». Pas bête, le CPE. Il a reçu le message et s'est assis tranquillement à la table des pions. Il devait déjà avoir en tête d'appeler ses parents pour qu'ils viennent chercher leur viande saoule de fils.

            Par contre, Amédée, il l'a pas du tout capté, le message. Lorsqu'il est venu à la table de Pierre pour lui parler, l'autre lui a lancé du « sale noir ». Forcément, Amédée, il est pas du genre à laisser passer ce genre de qualificatif, surtout devant témoins, et les deux se sont empoignés pour se distribuer des baignes. Les pions sont tout de suite venus les séparer, un par bras. Le plus dur à maîtriser, c'était pas Amédée. Il s'était défendu, sa fierté était sauve.

            C'était Pierre. Une vraie furie. Son teint habituellement pâle était cramoisi. Ses yeux indolents exorbités. Son corps voûté un ressort tendu. Il donnait des coups au hasard en criant des mots incompréhensibles, comme fou.

Le CPE s'est mêlé à la mêlée. Il a eu le temps de faire sa tête la plus réprobatrice avant de se prendre une tarte.

Alors le proviseur, par la rumeur attiré, a décidé de faire la même chose. La main de Pierre l'a atteint à la tempe. Ses lunettes on entamé un vol plané mais il les a récupéré en l'air d'un air plein de dignité.

La totalité des élèves qui mangeaient jouait déjà des coudes pour assister au spectacle. Une baston dans l'internat, vous imaginez ! Lorsque le CPE a reçu sa baffe, tout le monde a souri. Lorsque le proviseur a reçu sa baffe, tout le monde a sursauté. Tous les corps se sont statufiés sauf celui de Pierre qui frappait toujours au hasard. Alors, les pions ont réagi. Ils ont plaqué Pierre contre le sol jusqu'à ce qu'il se soit à peu près calmé. Le CPE l'a amené à la Vie Scolaire, transformée en cellule de dégrisement improvisée. Les pions ont essayé de calmer le jeu et de disperser tout le monde. En vain. On s'est calmés quand le choc s'est estompé. Le choc. Et quel choc !

Pierre avait frappé le proviseur. Pierre !

Les parents de Pierre sont effectivement venus le chercher. Pierre ne devrait pas remettre les pieds au lycée jusqu'à nouvel ordre. Ni à l'internat.

Philou me disait ce midi que Pierre allait passer en commission de discipline. C'est cette commission qui allait décider du sort de Pierre. Il n'allait donc pas obligatoirement être exclu, me suis-je dit.

C'est à ce moment là que je me suis souvenu que la commission était présidée par le provo.

Il méritait pas ça, Pierre. C'est un gars bien, pas comme ceux qui volent, qui rackettent, qui trichent et qui mentent. Pas comme ceux qui mettent le bazar et qui empêchent les autres de dormir. Il avait sa place ici, Pierre.

Mais le problème, c'est que c'est pas juste un adulte qu'il a frappé, Pierre. C'est le représentant de l'autorité suprême dans le lycée. Et on n'en sort pas indemne lorsqu'on bafoue cette autorité, même sans faire exprès.

            Et il y a un autre problème. C'est ce que j'appelle le renversement. Un garçon aussi calme que Pierre qui frappe un proviseur, ça me fait l'effet du petit chaperon rouge qui battrait sa grand mère. Surtout qu'il y a pas mal de jeunes loups qui rêvent de faire la même chose. Le fait que Pierre soit puni pour avoir concrétisé les fantasmes d'autres que lui, même inconsciemment, ça me retourne. Et de voir certains de mes compagnons d'internat exhiber des sourires satisfaits pour un acte qu'ils n'ont même pas commis, ça me débecte.

            Si l'internat c'est une prison, c'est qu'il y a toujours moyen d'en sortir. Pierre en est sorti, sans l'avoir voulu.

               On le regrettera. 
                                                               
s-f_cali

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