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2005/11/29

Pour se souvenir

  Je prenais le train, le téléphone sonnait, et je ne répondais pas. J’étais dans un autre monde, déjà. A travers la vitre, mes yeux se perlaient de larmes sur ma peau insensible. Mais je détournai la tête, pour qu’on ne le voie pas. A la gare ma valise sous le bras : j’ai attendu une heure au milieu des voyageurs gris, qui passaient pressés, qui ne voyaient pas, qui ne voyaient rien. Même pas le cœur à rire à ces hommes qui pitoyablement essayaient de percer mon voile, de me parler. Moi, j’étais vêtue de noir. Il est arrivé enfin, pas celui que je croyais. Je suis montée ; j’ai voulu, je n’ai pas pu _ discuter _ car ma poitrine était gonflée d’une bulle de néant.

  Je suis entrée. Ils étaient tous là, noirs comme moi. Elle, surtout. La seule à sourire, planquait ses larmes derrière ses verres épais de presbyte. Je n’osais pas aller le voir. Elle m’a prise par le bras, doucement, m’attirant vers ce que je ne voulais ni voir, ni savoir, souriant toujours d’un sourire triste et mouillé _ « Regarde comme il est beau ». J’ai regardé. Et j’ai vu. Et j’ai compris. Compris que cet homme qui reposait au milieu du satin blanc _ mon arrière-grand-père _ allait d’ici quelques minutes, de lourdes minutes, disparaître pour toujours de ma vue.

  Et j’ai pleuré, comme si le barrage de mon esprit avait soudain cédé, parce que la vérité m’emplissait de son horrible réalité _ il était mort, mort ! _ et moi je n’avais plus d’envie, et je n’avais plus de mots.

  Je me suis dit qu’il ne me verrait jamais avoir dix-huit ans. Il avait, je me souviens, un sourire tellement étrange…

  si différent de ce rire éraillé que je ne lui verrai, que je ne lui entendrai plus jamais si étranger à ses taquineries il m’appelait « la reine Margot » pour me faire râler quand j’étais gamine et déjà il était vieux pour tromper l’ennui de ne pouvoir marcher il peignait des tableaux et des tableaux oh d’espaces plus larges que l’infini il peignait l’océan le calme et la houle et les épaves échouées se découpant sur l’horizon les mouettes les cormorans sur les déchirures que les rochers faisaient au ciel déchiré déchiré comme son âme sa douleur il m’avait dit en me voyant dessiner qu’il savait à qui léguer ses pinceaux et j’avais été fière savais-je seulement ah si seulement j’avais su…

  Il a fallu sortir, et elle, elle la seule à sourire parce que si elle laissait libre cours à son chagrin elle serait tombée dans un univers sans nom, elle qui l’avait toujours aimé, se pencha sur son visage froid, inanimé, et l’embrassa.

 

  Et les portes se refermèrent sur ce trait d’union éphémère entre la mort et l’amour.

 

                                                                                      Comtesse de Lautréamont

                                                  (http://spaces.msn.com/members/lavieesthermetique/)

2005/11/28

Toute une philosophie de la vie

Souriez !

 

Combien d’humains avons-nous croisé depuis notre naissance ? Dix mille ? Un million ? Et à combien avons-nous parlé ? Combien en connaissons-nous ? Pas beaucoup, en proportion. La plupart des gens que l’on rencontre reste à l’état de fantômes vivants d’impression générale. Parfois s’ajoute un lieu, un son, une odeur ; parfois ils forment juste une silhouette floue ; le plus souvent ils ne laissent aucune trace dans nos mémoires.

Il arrive que l’on fasse ce qui se nomme des rencontres. Ces moments magiques sont ceux durant lesquels l’image d’une personne va s’imprimer en nous, va perdurer, va nous influencer. C’est rare, absolument imprévisible et différent à chaque fois.

Je crois que c’est ça qui définit chacune de mes rencontres. La diversité. Chacun de nous n’est qu’un assemblage aléatoire de gènes, une combinaison de cellules concaténées selon un génotype pré-défini. Chacun est fait sur le même moule, mais chacun est différent de son voisin.

Un jour, j’ai eu l’idée de photographier tous les gens que je connaissais. Je suis parti de ceux que je connaissais le mieux : ma famille, mes amis, mes collègues de boulot. Les premiers ont été faciles à prendre en photo. J’ai acheté un appareil jetable et j’ai réalisé une tournée des parents, proches et éloignés, et de toutes les connaissances qui s’étalaient sur mon répertoire téléphonique. Plutôt rigolo. Les relations de travail ont été plus difficiles à inclure dans ce projet. Ils ne comprenaient pas que mon rapport avec eux dépasse le cadre de la formalité routinière. Ce que je leur proposais n’était même pas un élan d’amitié, c’était une action très particulière qui touchait à leur image. C’était la concrétisation d’un caprice qui m’était propre, que je ne parvenais pas à leur transmettre. C’est proche de la lubie du collectionneur, en quelque sorte, et ça les dépassait.

Après deux pellicules, j’avais mis en boîte des parents, des relations amicales et des habitants du trombinoscope de mon employeur. J’ai étalé les tirages sur la grande table de ma cuisine et j’ai commencé à les trier.

J’ai imaginé plusieurs classements. Par âge, par ordre alphabétique, par affinité, par classe sociale…tous les critères se sont succédés. Finalement, j’ai opté pour un classement hybride qui tenait compte de mon lien avec les personnes et de l’importance qu’elles avaient pour moi. J’ai collé les clichés sur le grand mur blanc du couloir qui séparait la chambre de la salle à manger. Les photographies y formaient comme un gigantesque arbre généalogique instantané. Cela formait des petits groupes de têtes à plat, tantôt souriantes, tantôt surprises, tantôt naturelles. Ces grappes représentaient les groupes sociaux et les visages s’écartaient du centre en fonction de l’attachement que j’attribuais à chacun.

Plusieurs fois par jour, je passais devant ce mur et je jetais un coup d’œil à l’architecture de ces têtes connues qui me regardaient de leur air figé. Et plus je détaillais ce trombinoscope intime, plus le mur me semblait vide. Un samedi matin, je suis parti en quête d’autres victimes.

J’ai recherché mes anciens camarades de classe, à partir de photos et de listes scolaires. Je me cantonnais à suivre la trace de ceux dont j’avais le souvenir, de ceux que j’estimais avoir connu. J’en ai retrouvé la plupart et chaque rencontre était un plongeon dans mon passé le plus enfoui. Mes professeurs ont aussi eu droit à mon coup de flash. J’avais alors acheté un appareil assez perfectionné qui me permettait de réaliser des clichés plus élaborés, plus professionnels. Je me refusais à céder à l’appel du numérique : mon but était de construire une fresque physique, palpable, réelle, et non de garder des souvenirs sous une forme binaire. Photographier mes anciens profs et instituteurs a été plus ardu que les élèves. Ils n’avaient pas bougé géographiquement, comme les premiers, mais avaient changé physiquement. Ils avaient vieilli. J’en ai trouvé certains en excellente santé, jouissant d’une retraite bien méritée, mais la plupart étaient devenus ergotant, séniles, voire moribonds. J’ai volé plusieurs clichés de vieillards figés sur leur lit de mort dont je ne suis pas fier. D’ailleurs, je ne les ai pas affichés.

Ceux qui m’on posé le problème le plus épineux étaient ceux qui étaient décédés. Devais-je accrocher ces trophées à mon tableau de chasse, sachant que je les avais véritablement connu dans ma jeunesse ou les mettre de côté, de par leur absence physique de notre monde ? Pouvais-je me contenter d’une photo prise par un autre ? Après de brûlantes discussions avec moi-même, j’ai décidé de matérialiser ceux dont le souvenir était le plus prégnant par un carré vide, avec leur nom écrit au crayon. Certes, ils faisaient partie de mon paysage intérieur mais ils appartenaient à mon passé.

Mon entreprise prenait pour le coup une dimension temporelle et, ce jour là, j’ai marqué la date à laquelle j’avais commencé mon œuvre. En noir, en gros, au feutre et tout en haut. J’avais dans l’idée de marquer en bas la date à laquelle il n’y aurait plus de place. Ce devait être la fin de mon tableau humain.

Je n’ai pas senti monter cette fièvre, la fièvre du collectionneur, celle qui dit justement qu’il y a pas de fin. Elle s’est insinuée dans mon quotidien de manière impalpable, sourde. Elle imbibait mes habitudes et ma vision. Je ne sortais plus sans mon appareil. Je ne regardais plus les gens sans me demander s’ils méritaient d’être inclus dans mon livre d’or mural. Je passais constamment devant ce mur, et plus j’avais de visages tournés vers moi, plus j’en voulais.

Je suis allé fouiller dans mon passé pour ressortir de toujours plus vieux souvenirs, plus vieux noms, plus vieilles sensations. Les copains de colo, les pions du lycée, les camarades d’une équipe de foot, des anciennes petites copines. Je ne sélectionnais bien sûr que ceux dont j’arrivais à raviver le souvenir, ceux que j’estimais encore connaître. J’ai même retrouvé les voisins que nous avions quand nous vivions tous en appartement en ville et qui me gardaient de temps en temps le mercredi. Ce souvenir était flou, mais j’étais certain que cela avait existé. C’est à ce moment que je me suis rendu compte que je passais une étape : je sacrifiais la validité de mes souvenirs à la satisfaction de mon plaisir de collectionneur. Non, je n’avais pas le droit d’afficher le visage de gens que je n’aurais même pas été capable de reconnaître dans la rue. Certes, j’avais connu ces personnes, mais ils étaient désormais enfouis sous tellement d’autres éléments mémoriels qu’ils s’étaient déformés jusqu’à être méconnaissables.

Alors, j’ai abandonné le passé pour me consacrer au présent.. Il existait des humains que je voyais tous les jours, qui faisaient partie de ma vie. Je n’en avais pas conscience, mais le visage du postier, du boucher, du banquier, du cantonnier, du bouquiniste, m’étaient familiers. La question que je devais me poser était : est-ce que je connais ces gens ? La réponse est oui, parce que si on m’avait montré leur photo, j’aurais immanquablement répondu : « Je le connais, c’est le marchand de journaux / le charcutier / le barman / la fleuriste / le vendeur de kebab »

J’étais heureux de trouver une occasion de prolonger ma petite expérience humaine, et je me suis surpris à faire durer cette période. Avant de prendre les photos, je prenais le temps de discuter avec ma cible, d’étirer au maximum ce moment de grâce que l’on nomme conversation et qui passe toujours trop vite.

Après avoir épuisé la manne des commerçants, j’ai persisté du côté des amis perdus, des amis des amis, des voisins perdus et des voisins des voisins. J’ai fait quelques trouvailles, des personnes que j’étais réellement heureux de revoir, mais je sentais le filon s’épuiser, l’aventure s’engager vers son terme. Je regardais avec satisfaction l’emprise des clichés gagner sur le blanc du mur mais je sentais qu’ils n’en couvriraient jamais la surface entière. Parfois même, j’hésitais devant tel ou tel visage, me demandant s’il avait sa place sur le mur, si je pouvais prétendre connaître cette personne.

Ces crises éthiques m’on finalement renvoyé à moi-même. Qu’est-ce que je recherchais en effectuant cette fresque ? Comment cela avait-il commencé ? Je n’en savais plus rien, tous ces visages se mélangeaient, tournaient, me perdaient. J’avais besoin de faire une pause. Je suis parti en vacances en Irlande. J’ai bu de la Guinness, j’ai vu les lacs du Connemara et j’ai rencontré tout un tas d’Irlandais. Je n’ai pas pris de photos, parce ce que je savais que toutes ces gens très sympathiques, je n’en ferais jamais des connaissances. Ils resteraient, au mieux, des fantômes flous que j’associerais à l’odeur de la bière et à la vue de quelque lac. De retour en France, mon travail ne m’avait pas manqué, mais je devais néanmoins reprendre mon ennuyeuse place au sein de l’ennuyeuse entreprise qui m’employait.

L’espace d’un instant, j’ai eu l’idée de piocher des sujets à photographier dans les liens commerciaux que ma boite entretenait avec ses fournisseurs. Le problème, c’est que je ne connaissais personne dans cette catégorie. Je passais mon temps derrière un bureau à prendre des commandes, régler des problèmes de commande, annuler des commandes…J’avais le plus souvent affaire à des secrétaires qui travaillaient à l’autre bout du pays. Impossible de les prendre en photo, ni même de les rencontrer. J’avais atteint une nouvelle limite. J’avais affiché sur ce mur tous les gens que je connaissais ou que j’avais connu. Pour étoffer mon palmarès, il fallait soit que je change de vie, soit que je déplace des montagnes pour dénicher les quelques rescapés de ma quête.

Vous savez, je n’ai pas toujours été un employé du bureau ennuyé et ennuyeux. Au tout début, je m’investissais. Je me sentais vivre lorsque mes supérieurs me félicitaient. Je me sentais utile. Puis, le temps passant, je me suis rendu compte à quel point le travail que j’accomplissais au jour le jour était vide et répétitif, à quel point il m’avait éloigné de ceux que j’aimais, à quel point je le détestais. Mais j’étais trop faible ou trop conformiste pour en changer. J’avais la sécurité de l’emploi, un salaire intéressant, une retraite assurée. C’est le bonheur capitaliste. Le fait que l’essentiel de mes actions me paraissent totalement inutiles et éloignées de ma nature profonde était un corollaire dont j’avais pris l’habitude. Il n’y a que lorsque ce choix s’est présenté que j’ai reconsidéré la suite de ma carrière. Changer de vie ou continuer cette recherche sans espoir ?

J’ai fait un choix.

A combien de gens avons nous parlé depuis notre naissance ? Combien en connaissons-nous ? Moi, j’en suis à 487. Pour l’instant.

J’ai fait tous les boulots imaginables, dont photographe, bien sûr, dans une bonne moitié des pays du monde. J’ai également balayé des parquets, gardé des enfants, travaillé à la chaîne, vendu tout et n’importe quoi. J’ai été guide dans des villes qui m’étaient étrangères, chauffeur, barman, interprète, gigolo, artiste à mes heures perdues. Mon nouveau travail a beau être beaucoup moins qualifié que l’ancien, il n’est plus ennuyeux. Je ne gagne plus d’argent sans raison, j’en gagne pour voyager. Et pour rencontrer de nouvelles têtes.

Ma petite maison de campagne française existe encore et j’y reviens régulièrement, pour mettre à jour ma fresque, qui est devenue un témoignage de ma vie. Le mur originel est saturé d’images depuis longtemps, images qui se sont répandues dans les autres pièces. Une pièce par continent. Les photos sont agrémentées de numéros de téléphone, d’adresses, d’e-mails. Les visages qui tapissent ces pièces montrent toutes sortes de gens, de toutes les conditions, à toutes les saisons, étalées sur une quinzaine d’années. Ce ne sont pas des inconnus, ce sont les gens qui ont traversé ma vie. Des gens que je connais, et chez qui j’essaie de me rendre régulièrement. D’ailleurs, je ne reviens presque jamais seul en France, j’invite tout autant que je suis invité.

J’ai fait un choix. Je suis devenu itinérant. Pas de revenu fixe, pas d’objectif à court ou long terme. Je vis pour vivre, pour voir, pour rencontrer des gens. La fresque est devenue ma raison de vivre.

Ne croyez pas que j’ai sacrifié ma vie à ma lubie. Avant, j’aimais bien parler avec les autres, rencontrer des gens. Le problème, c’est que j’ai toujours eu peur de m’engager. L’humanité m’attirait mais m’effrayait. En prenant la décision radicale de quitter mon travail et mon pays, je me suis forcé à m’ouvrir et à me guérir de ma phobie des hommes.

Depuis 15 ans, je fais ce que j’ai toujours aimé et que je n’ai jamais osé. Souriez !

 

FIN

 

Novembre 2005                                                                                s-f_cali

                                                                                         ( http://spaces.msn.com/members/jenesaispoint/)

2005/11/25

Marre des embrouilles à 2 balles sur des blogs...

"Arf, regarde qui voilà ! Masterchier, Masterschtroumpf... c'est quoi son pseudo à celui-là ? RealMasterchief78 ??? Quel crevard. Il se prend pour qui celui-là ? Gros mégalo va ! Un poète à deux sous qui se prend pour le boss sans doute. Le centre du monde. Mon trou du cul ouais ! Un gros bouffon ! Il dit quoi sur mon blog ? Bah on s'en fout avec un pseudo comme ça il peut que parler de sa gueule et se la raconter ! Un bouffon je vous dis ! @+ Real Trouduc-chef".
 
Ok j'exagère un peu les faits. Mais il est vrai que ces derniers jours, 2-3 usurpateurs (Troll.exe le proctologue refoulé en tête avec sa vieille blague à peine grillée du "clique sur mon lien pour te manger un doigt") ont voulu foutre la merde entre moi et cetains bloggeurs et n'ont eu comme unique recours que de critiquer mon pseudo. Vanne aussi facile que puérile.
 
Donc à titre d'information, le Masterchief est le personnage d'un jeu vidéo auquel je joue avec ma fratrie. J'avais pris ce pseudo initialement accompagné du code postale de ma région. Ayant supprimé mon espace perso, j'ai voulu plus tard en créer un autre en reprenant mon ancien pseudo. Mais ce dernier n'était plus valide. J'ai donc opté pour RealMasterchief78 puisque c'était moi le prem's, Na ! En résumé j'ai de nombreux défauts mais je ne pense sincèrement pas être mégalo.
 
Pas mégalo et pas plus pédophile d'ailleurs. Petite dédicace ici à cette jeune fille (http://spaces.msn.com/members/rosebonbon666/) à qui j'ai eu le malheur de laisser un gentil com ponctué par un postcriptum (certes ambigu à la relecture, Mea Culpa) où je lui demande la raison d'un titre aussi provocateur car faisant référence à un ouvrage sur la pédophilie accompagné du chiffre du diable. Vexée par ma question, elle me demande de m'interroger sur ma nature et va même jusqu'à m'insulter, propos complétés par moisieland qui en parfaite anonyme me traite de pédophile frustré. Moi qui ai des petits cousins et cousines que j'adore, j'avoue avoir eu l'envie de l'exploser en direct pour de tels propos. N'est-ce pas d'ailleurs l'occasion de signaler un abus ? Mais bon, pourquoi perdre du temps avec des gens qui vous insultent pour un rien et s'étonnent que vous effaciez de votre blog leurs coms mensongers et orduriers ?
 
Bon puisque ce blog n'est pas censé être un "36-15 ma life", je m'arrête là.... D'autres veulent savoir pourquoi je signe mes écrits "Jason Caine" ? Mdr...
2005/11/22

La guerre, de toi, a bien eu lieu

 

Amour naissant aux abords de ma forteresse.

Barricadons mon

Cœur à vif, encore

Douloureux du passé.

Empêchons une nouvelle

Folie aveugle de

Gagner tout mon être.

Haïssons-la.

Il ne faut pas succomber.

Jour après jour,

Kilomètre par kilomètre,

La silhouette angélique se rapproche et

Menace mes murs.

N’y tenant plus,

Oubliant mes doutes et

Partageant son amour, j’ordonne

Qu’elle pénètre la fragile enceinte…

Réveil cruel aux

Subtiles senteurs de

Trahison perfide.

Un ange, en une nuit, s’est transformé en démon,

Volant autour de moi le peu qu’il me restait.

William Shakespeare aurait-il adapté un tel drame ?

X raisons de partir ailleurs à ce jour, mais

Y trouverais-je le repos de mon âme ?

Zéphyr souffle pour m’emporter loin de cet océan de larmes…

 

A mon frère de cœur.

 

                                                                          Jason caine.
2005/11/20

Une autre réalité

Comment avaient-ils pu en arriver là ? A se déchirer mutuellement, à se faire souffrir perpétuellement. Deux âmes qui autrefois ne faisaient qu’un se complaisaient aujourd’hui à briser les liens qui les avaient maintenu enchaîné l’un à l’autre pendant plus de deux ans. Et tout s’était passé si vite.

Bien sûr leur histoire n’avait pas été un conte de fée tous les jours. La vie apporte toujours son lot de stress et de contrariétés qui mettent les nerfs à fleur de peau. Mais de là à ce que prince et princesse se transforment en fossoyeurs de secrets, il y avait un pas considérable qu’ils ne s’étaient pas imaginés franchir.

Le but du jeu était devenu on ne peut plus simple. Déterrer les non-dits qui gangrènent le couple au quotidien. Faire reconnaître à l’autre tous ses torts à travers tout ce qu’il avait tu par le passé. En somme, amener l’autre à reconnaître le plus d’erreurs possibles pour le rendre responsable de la situation actuelle.

La vérité est qu’il est parfois préférable de vivre sur des silences pour sauvegarder l’essentiel. Certains crieront à la lâcheté et appèleront cela un mensonge. D’autres le vivront comme un sacrifice. Celui d’une conscience, la sienne, au bénéfice d’une autre, celle de l’âme sœur. Ils préféreront ainsi souffrir seul de ce qu’on ne peut décidément pas dire à l’autre, uniquement pour maintenir ce dernier dans les certitudes qui le rendent heureux.

Quoiqu’il en soit, il avait choisi de se taire, de lui cacher sa tristesse. Il ne voulait pas lui imposer les remords d’une vie. C’est même lui qui l’avait poussé à accepter ce poste en province qui semblait représenter tant à ses yeux. Lui, n’avait pas pu la suivre, coincé dans la capitale par ses propres obligations professionnelles.

Mais à présent c’est cela qu’elle lui reprochait. De n’avoir rien dit, rien fait à son départ pour la garder à ses côtés. Il l’avait tout simplement laissé partir, comme si elle ne représentait plus rien pour lui. Par la suite, il ne l’avait même pas contacté. C’était toujours elle qui rétablissait le contact entre eux deux. Sans cesse elle qui le relançait dans ses lettres. Lui, semblait l’ignorer. Elle l’avait haï pour cela.

Pourtant si elle savait. Combien la séparation l’avait meurtri, anéanti. Combien il lui était impossible de l’appeler tant le son de sa voix, qu’il percevait si lointaine au téléphone, mettait son cœur au supplice. Comme il aurait voulu lui écrire davantage aussi. Mais pour quoi faire ? Pour lui rappeler qu’il souffrait de son absence et la faire culpabiliser un peu plus chaque jour que Dieu fait ?

Et puis, ne comprenait-elle pas que chaque appel, chaque lettre qu’il recevait d’elle, était une souffrance de plus à endurer au quotidien. Bientôt, il ne fût plus capable de vivre avec. Et il tenta de l’oublier, elle.

Et lui, pouvait-il s’imaginer la peine qu’il lui causait en restant ainsi dans l’ombre de ses missives ? Il n’était plus pour elle que le fantôme de ce qu’il était autrefois, de ce qu’il représentait pour elle, c’est-à-dire tout.

Il la rendait si malheureuse aujourd’hui. Comme lorsqu’elle l’avait connu à l’époque, et qu’il s’était refusé à elle, si longtemps, prétextant qu’il ne se sentait pas capable de la rendre heureuse. Il n’aurait pourtant eu qu’à la prendre dans ses bras pour la combler plus qu’aucun autre. Mais même de cela il était alors incapable, pas avant des mois tout du moins. Et aujourd’hui elle avait le sentiment d’être revenue plusieurs mois en arrière. Avec tout à reconstruire. Et surtout la peur de le perdre.

La perdre ? Il ne savait pas s’il en avait déjà éprouvé la peur. Chaque jour était un rêve éveillé à ses côtés. Il avait simplement peine à croire en cette réalité, en ce bonheur qui lui paraissait sans fin.

Parfois, il s’imaginait se réveillant un beau matin pour se rendre compte qu’il avait tout inventé, qu’elle n’avait jamais existé. Qu’il aurait été sot de croire en un amour parfait…

 

Jason Caine.

2005/11/18

Le progrès

"Il existe un tableau de Klee qui s'intitule "Angelus Novus".
On y voit un ange qui a l'air de s'éloigner de quelque chose qu'il
fixe du regard. Ses yeux sont écarquillés, sa bouche ouverte,
ses ailes déployées.
 
C'est à cela que doit ressembler l'Ange de l'Histoire. Son visage
est tourné vers le passé. Là où nous apparaît une chaîne
d'événements, il ne voit, lui, qu'une seule et unique catastrophe,
qui sans cesse amoncelle ruines sur ruines et les précipite à ses
pieds.
 
Il voudrait bien s'attarder, réveiller les morts et rassembler ce
qui a été démembré. Mais du paradis souffle une tempête qui s'est prise dans ses ailes,
si violemment que l'ange ne peut plus les refermer. Cette tempête
le pousse irrésistiblement vers l'avenir auquel il tourne le dos,
tandis que le monceau de ruines devant lui s'élève jusqu'au ciel.
 
Cette tempête est ce que nous appelons le progrès."
 
(Walter Benjamin, Oeuvres III, folio essais, 1991, p. 434)

Spéciale Roméo & Juliette

Roméo avouant au père Laurence son amour pour Juliette, ce dernier s'étonne de la rapidité avec laquelle le jeune Montague a oublié la belle Rosaline...
Laurence. - [...] Les femmes peuvent faillir, quand les hommes ont si peu de force.
Roméo et Juliette, Acte II - scène III, William Shakespeare (1564-1616).
 
 
 
Le Prince. - [...] la clémence ne fait qu'assassiner en pardonnant à ceux qui tuent.
Roméo et Juliette, Acte III - scène I, William Shakespeare (1564-1616).
 
 
 
Lady Capulet. - [...] un chagrin raisonnable prouve l'affection; mais un chagrin excessif prouve toujours un manque de sagesse.
Roméo et Juliette, Acte III - scène V, William Shakespeare (1564-1616).
2005/11/15

La nature humaine...

Le corps n'est que le pantin de l'âme. Notre enveloppe charnelle se nourrit de biens terrestres, mais notre âme n'est rassasiée que par la jalousie, la haine et la destruction. C'est pourquoi le corps n'aspire qu'à une chose : Tuer, encore et toujours.

 A.J. Durai.

L'encre du marteau

Ecrire pour qui... ? Pour les autres ? Pour soi ?
Ecrire pour quoi... ? Se différencier ? Garder une trace ? Exister ?
 
Voici L'Encre du marteau. Merci à toi pour cette nouvelle s-f_cali...
 

Il y avait longtemps qu’il n’avait pas plu. La dernière goutte devait remonter à quelques jours, mais une vraie pluie…Ah ! Une vraie pluie, ça faisait longtemps qu’on attendait ça. Le pays traversait une période de sécheresse exemplaire. Pas une fausse note, pas une seule averse durable en six mois. Juste quelques orages brefs, parfois violents, parfois envahissants, jamais utiles.

Le moment arriva où la pénurie d’eau dépassa le stade du désagrément agricole pour atteindre celui – beaucoup plus convoité – de sujet de préoccupation nationale. Des restrictions très sévères commençaient à voir le jour. Certaines communes très au Sud ne délivraient leur précieuse onde que quelques heures par jour. Une heure le matin, une heure et demie le midi, deux heures le soir. Gare à celui qui a manqué l’heure de la douche ou qui n’a pas fait ses réserves pour la cuisine. Les piscines, les privées comme les publiques, étaient devenues des bienfaits sans comparaison. Il faisait pas si chaud que ça, mais la dessiccation de l’air demandait qu’on prenne des mesures radicales. C’est bien connu : tout corps plongé dans un liquide à 25 degrés ne souffre pas de la sécheresse.

Pour le peu que je pouvais en juger à l’époque, s’il y a bien un corps de métier qui souffrait de ce manque, c’était celui d’ouvrier en bâtiment. Quand il travaillait, l’ouvrier, il passait sa journée perché sur un pignon exposé au soleil ou greffé après un mur surchauffé. Quand il mangeait, c’était sur le pouce, en vitesse, dans un coin d’ombre provisoire, parfois le mur qu’il venait de monter, parfois un arbre rabougri, parfois le long de la camionnette. Alors il s’asseyait là, il ouvrait de ses doigts calleux une boîte ou une poche, il sortait un sandwich ou une salade et il mangeait en vitesse. Il consommait la croûte qu’il venait de gagner. Et quand il ne restait plus rien dans sa gamelle, quand le thermos de café qu’avait apporté un collègue était vidé, il y avait plus rien d’autre à faire qu’à y retourner, qu’à finir cette bon dieu de baraque de bourgeois qu’il ne pourrait jamais se payer, même après quarante ans de boîte.

Je les ai bien observés ces ouvriers, ces titans à la peau burinée et au corps conditionné à la besogne. Je les ai observés parce que je les surveillais. C’était moi le bourgeois. Un petit bourgeois…mais un bourgeois quand même. Disons, un prolétaire qui a réussi.

Au début, je trouvais qu’ils se ressemblaient tous un peu, les ouvriers. Certains étaient petits et malingres, d’autres taillés comme des armoires, mais ils avaient tous le même air, la même démarche, le même aplomb qui voulait dire « dites moi ce qu’il faut faire que je m’en occupe en vitesse ». Des machines à construire, des palans humains, des pelleteuses à dix doigts, voilà ce qu’ils représentaient pour moi, à l’époque. Je me doutais bien que ces gars là devaient avoir une vie, comme tous les hommes, comme moi. Une femme les attendait sans doute le soir ; elle avait fait la soupe, nettoyé l’appartement, peut-être qu’elle aussi elle travaillait – qu’est-ce que j’en savais. S’il y avait un marmot en bas âge, le type risquait de passer une mauvaise nuit et d’être fatigué le lendemain. D’être moins efficace pour monter ma maison. Voilà ce que m’inspirait la vie de famille de ces ouvriers.

Pourtant ils avaient chaud. Dieu sait qu’ils avaient chaud et qu’ils pouvaient en boire des litres de flotte. Le chef gardait des packs de bouteilles d’un litre et demi dans le coffre de sa voiture, il les sortait au fur et à mesure de la journée et les distribuait à ses gars en nage. Ils en descendaient des quantités astronomiques et en transpiraient autant. Ces machines là, comme toutes d’ailleurs, ça avait besoin d’eau. C’est pour ça qu’un jour, sans réelle raison, j’ai eu l’idée de leur payer un coup à boire, un vendredi soir. Les murs étaient montés, le toit fini, et la terrasse coulée. Le gros œuvre était achevé et la suite des travaux avait lieu à l’intérieur. La plupart des équipes allaient débaucher pour ne plus jamais revenir sur ce chantier. C’était, en quelque sorte, un pot d’adieu.

J’ai sorti une table de camping et j’ai appelé le chef. Je lui ai dit de passer le mot que lorsque le boulot serait fini, il y aurait un peu d’anisette et de gâteaux apéro pour ceux qui en voulaient. Mais attention, pas question de se saouler ! C’était juste pour se désaltérer. Le chef m’a fait un clin d’œil et a souri. Un type bien, ce chef, à la fois juste avec ses hommes, proches du terrain, et intransigeant en cas de faute.

Le chantier se termina rapidement. Les ouvriers se débrouillent toujours pour ne pas se laisser trop de travail le vendredi après-midi. C’est un principe. Tout le monde a mis la main à la pâte pour ranger le matériel, fignoler les détails, nettoyer un peu les lieux, et sur le coup des 15 heures, tout le monde s’est retrouvé rassemblé autour de la petite table pliante.

Dans ces cas là, c’est toujours pareil. Personne n’ose se servir. Les gars ne sont pas chez eux, ils ne connaissent pas. Ils pourraient crever de soif devant la table qu’ils se permettraient pas de se verser un verre d’eau. Alors j’ai commencé à faire le service. J’ai aligné les gobelets en plastique et j’ai tapi le fond de pastaga. Lorsque j’ai fait coulé l’eau et que le liquide s’est troublé, j’ai vu les yeux pétiller. Ça y est, l’apéro est servi, c’est bien vrai, c’était pas une blague de bourgeois. J’ai trempé mes lèvres dans le liquide anisé et tout le monde a suivi. Il flottait déjà dans l’air une odeur de week-end, une odeur de fête. Il suffit de pas grand chose, en fait.

Toutefois, j’ai remarqué qu’il restait quelqu’un qui ne partageait pas la petite collation que j’avais mise sur pied. Il restait un jeune homme dans un camion, sur la place du passager. D’où je me tenais, je pouvais le voir penché sur le tableau de bord, occupé à décrypter un document ou à écrire. J’ai attrapé le chef par le bras et lui montrai le camion occupé. Il a haussé les épaules, m’a gratifié d’un sourire désolé et m’a répondu que celui-là ne se mélangeait pas. Il ne fallait pas chercher à le comprendre, c’était un intellectuel. Un intellectuel…dans sa bouche, c’était presque un défaut, une tare, ou fait établi et irréparable. C’est comme s’il avait dit « c’est un chinois, il ne peut pas comprendre » Je lui ai demandé s’il savait ce que le jeune homme était en train de faire. Le chef s’est mis à rire et a porté le verre à sa bouche. Il a roulé ses yeux d’un air énigmatique et a répondu « Il écrit ». Puis il s’est détourné, me laissant seul en face de l’écrivain en herbe.

Je ne sais pas pourquoi je suis allé le voir. Dans la vie, il y a des moments où l’on ne réfléchit pas à ce que l’on fait. Les moment où l’on réfléchit sont d’ailleurs assez rares, c’est souvent à posteriori que l’on prend toute la mesure d’une situation. Dans le cas présent, je ne trouvais juste pas de raisons qui justifiât que je reste planté sans savoir ce qu’écrivait le garçon. Je me suis approché et j’ai tapoté à la porte ouverte de la camionnette. Il a sursauté et m’a regardé. J’ai baragouiné qu’il y avait à boire, pas que de l’alcool, et que comme il faisait chaud ce n’était pas la peine de se faire prier. Il a dit « pas soif » ou un mot équivalent et s’est replongé dans son écriture. Comme si je n’étais pas là. Comme s’il réécrivait la bible ou les tables de la loi.

Après quelques temps, il s’est rendu compte que je ne bougeais pas de ma place. Il s’est de nouveau tourné vers moi et m’a interrogé du regard. Qu’est-ce que je voulais ? J’ai répondu oralement : « qu’est-ce que vous écrivez ? » Je pensais alors qu’il allait garder le silence jusqu’à ce que je m’en aille, qu’il allait cacher ses feuillets de son bras en me demandant de quoi je voulais bien parler. Mais son visage s’est mis à rayonner et il m’a tendu les feuilles avec un « voyez vous même » plutôt enjoué.

Son texte ne cassait pas des briques, sans jeu de mots mal placé. Je n’avais pas découvert le nouveau Zola. Son style était un peu brut, un peu amateur, un peu hésitant. Les phrases s’enchaînaient assez mal, les connecteurs étaient quasiment absents. Mais j’ai tout de même lu les feuillets avec attention et, à ma grande surprise, j’ai fini par entrer dans la logique de l’auteur. Un manuscrit qui sentait la poussière, qui transpirait le béton, qui exhalait le métal surchauffé, voilà ce que j’avais entre les doigts. Le garçon avait couché sur papier ses expériences de maçon, ses espérances, ses illusions, ses blessures, ses déceptions. Il y avait le goût du casse-croûte du matin, au pain et au saucisson, le bruit de la bétonnière qui démarre en crachotant, l’odeur du sable qui crissait sous la pelle, la vue de la maison qui s’élève sous ses doigts comme si elle sortait de terre, la sensation de la pluie sur la tête lorsqu’on est attelé à un mur et qu’on ne peut pas le quitter.

Il avait vécu tout ça. Et il l’écrivait.

Derrière moi, les gars s’étaient resservis de Pastis. Moi, je lisais ces lignes écrites par une main tremblante, avec les marques du tableau de bord en filigrane, ces pages tachées de terre, froissées mille fois, ce témoignage improbable de l’ouvrier le plus insignifiant du monde, ce morceau de vie qui avait coulé en mots sur du papier sale. Les hommes buvaient à la fin de la semaine, se lançaient des boutades viriles et grivoises, se disaient qu’il allait quand même falloir ramener le fourgon. Moi, je me disais que je ne pourrais plus jamais penser que tous les ouvriers se ressemblaient.

  Août 2005 / Novembre 2005                                                                        s-f_cali.

2005/11/14

On dit que l'espoir fait vivre...

Parce que l'on est tous passé par là.... Merci l'artiste pour ces quelques lignes... A bientôt mon ami...

 

On dit que l’espoir fait vivre, mais c’est lui aussi qui nous déchire lorsque ce en quoi on l’a placé s’effondre. En effet, même lorsque l’on est du pessimisme le plus pur, ce que l’on entreprend renferme toujours une touche d’espoir quant à sa réalisation. Dans l’exemple de la requête amoureuse, la prise de position qu’entraîne une demande est ensuite suivie d’une latence ou se mêle attention et attente mais aussi espoir et crainte. Le fait de faire cette demande sous-entend que l’espoir de réussite, ou le désir de concrétisation, est plus grand que les craintes d’échec.

 

Lorsque le résultat est négatif, on retombe de d’autant plus haut que l’espoir nous a porté. S’ensuit alors une sensation de vide qui se mue en une inertie physique quasi-totale dont seule la pensée s’échappe pour ressasser la déception. On s’ankylose dans un cercle de pensées sclérosé laissant à tout ce qui nous entoure une enveloppe physique dénuée de la moindre attention.
 
Hébétude et regard vide laisseront peu à peu place au réel. Il se manifestera, dans un premier temps, sous des instants fugaces puis, de manière plus fréquente, brisant ainsi la monotonie de cette spirale sans solution. Le temps se chargera alors peu à peu de reconstruire le trou béant que laisse une déception amoureuse.
 
Julien.
2005/11/10

Lorsque l'heure viendra...

Premier paysan. – Quel est celui qui bâtit plus solidement que le maçon, le constructeur de navires et le charpentier ? […] la prochaine fois qu’on te posera cette question, réponds :

C’est un fossoyeur. Les maisons qu’il bâtit durent jusqu’au jugement dernier.

Hamlet. Acte V, scène I. William Shakespeare (1564-1616).

2005/11/9

Pourquoi remettre à demain ce que je peux faire le sur-lendemain, Lol.

Hamlet. - Je ne sais pas pourquoi j'en suis encore à me dire : Ceci est à faire ; puisque j'ai motif, volonté, force et moyen de le faire.
Hamlet, Acte IV - scène IV. William Shakespeare (1564-1616).

Etre ou ne pas être publié(e)...

Sur les conseils de David-le-Gnome (mon nainstituteur de jardin public préféré à retrouver à cette adresse => http://spaces.msn.com/members/mondoubleslache/), je vous conseille d'aller faire un tour ici :
http://www.manuscrit.com/

Ils sont notamment spécialisés dans l'édition de premiers romans et offrent de belles perspectives pour promouvoir ses écrits. Bon courage à tous pour la suite et encore mille merci à David-le-Gnome pour cet énorme coup de pouce ;-)
2005/11/8

Etre ou ne pas être...

Hamlet. - Eh bien ! voyez maintenant quel peu de cas vous faites de moi. Vous voulez jouer de moi, vous voulez avoir l'air de connaître mes trous, vous voulez arracher l'âme de mon secret, vous voulez me faire résonner tout entier, depuis la note la plus basse jusqu'au sommet de la gamme. Et pourtant, ce petit instrument qui est plein de musique, qui a une voix admirable, vous ne pouvez pas le faire parler. Sangdieu ! croyez-vous qu'il soit plus aisé de jouer de moi que d'une flûte ? Prenez-moi pour l'instrument que vous voudrez, vous pourrez bien me froisser, mais vous ne saurez jamais jouer de moi.
Hamlet, Acte III - scène II. William Shakespeare (1564-1616).
2005/11/6

Bataille de contrebandier...

Un immense merci à Beautifully_chaotic qui nous offre ici un écrit SF extrêmement prenant. C'est un peu long mais croyez-moi ça se dévore sans problème. Alors bonne lecture à tous...
 
 
En sortant des soutes de la Mère des voyageurs, Ali repris le contrôle des opérations.
"Trinome rouge, en formation"
"OK"
"Jaune, en place sur babord"
"Arachnide bien reçu"
"Trinome bleu, vous attendez, plan guêpe"
"Bien reçu, nous attendons"

Ali était au commande de son appareil favori, l'Arachnide, une corvette agile équipée de points de tirs sur tous ces angles, ce qui le rassurait considérablement face aux chasseur rapides des pirates. Mais pour une fois, il ne s'agissait pas d'un simple raid. Ali avait l'impression que l'avenir d'Ahchet'Yl dépendait de ses actions, que son destin se présentait à lui, avec son cortège de responsabilités.

Quittant sa rêverie, son attention se reporta sur la scène.
La première salve de contre-missiles avait fait des ravages parmi les rangs ennemis. Pas une barge de débarquement ne semblait avoir réchappée. Les quelques chasseurs lourds d'accompagnement tournaient en rond, probablement désorientés, les circuits de contrôle profondément affectés. Ils seraient les premières victimes.

"Trinome bleu, vous pouvez y aller"

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Dans la passerelle de commandement du Mehdi IV, l'émissaire Rohdien devenait histérique. Il voyait clairement les appareils sortir des soutes du vaisseau marchand. Deux, peut-être trois escadrons. Quelles surprises allaient encore réserver ce container géant faussement inoffensif, équipé de matériel militaire efficace ?
Son attention se reporta sur les points lumineux des appareils ennemis. Il s'apprêtait à hurler sur le commandant de la frégate pour se soulager, mais cela devenait risqué. Le commandant était furieux. Quatre barge de débarquement détruites, cela chiffrait déjà les pertes humaines à un niveau considérable.

"Commandant, quels sont ces appareils ennemis ?"
"Une seconde ! Dites aux BF de revenir à l'abri de la frégate. Prévenez d'urgence les escadrons d'intercepteurs. Alerte générale !"
"Commandant, je n'ai pas besoin de vous rappeler l'importance de la cargaison que nous transportons"
"Je n'ai pas besoin de vous l'entendre dire ! Je connais moi aussi l'importance de notre mission"

La situation prêtait à sourire. Le transport à bord de la frégate militaire était sensé être rapide et discret. L'assaut sur le vaisseau marchant n'avait été ordonné que pour "agrémenter" le voyage, et prendre un peu plus l'avantage sur ces primaires d'Ahchet'Yl.
Mais cela avait été une mauvaise surprise.

La passerelle était très active. L'équipage évaluait toutes les possibilités d'armement de la menace ennemie, et activait ses propres défenses. Ce n'était pas si simple, car les appareils étaient profondément modifiés, comme aimaient tant le faire les contrebandiers.
Cependant, les rapports et analyses progressaient rapidement. L'explosion du premier BF avait été riche d'enseignement.

"Pas d'arme de matière, ni de particule. Ils semblent utiliser uniquement des armes énergétiques pour l'instant."
"Cela veut dire que nos boucliers de gravité ne serviront à rien, mais notre coque semble suffisamment solide pour résister à leur feux."
L'Emissaire retrouvait un peu confiance dans les évènements.
"A moins qu'ils ne soient également équipés de missiles".
Cette dernière remarque de l'opératrice lui déplut souverainement.
"Auquel cas, c'est notre bouclier qui le détournera", ajouta l'officier de la passerelle.

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La première partie du plan se déroulait à merveille. L'ennemi avait laissé la moitié de ses chasseurs lourds sur le champ de bataille, et les survivants se dirigeaient péniblement à l'abri du feux de protection de la frégate. La contre-attaque s'organisait. Deux escadrons d'intercepteurs Jehmin s'élançaient dans leur direction. Sans hésiter, Ali dirigea sa corvette dans leur direction. Il fallait à tout prix attirer leur attention.

"Rouges et Jaunes, continuez le nettoyage. Attention au tirs de la frégate"
"C'est nourri par ici"

Effectivement, le radar dénombrait pas moins de 60 sources énergétiques en provenance de la frégate. Même avec les ordinateurs d'évitement, cela allait être dangereux de rester dans la zone.

Mais il s'était fixé une mission, son équipage et lui allaient la réaliser.

"Détruisez les chasseurs lourds, puis concentrez-vous sur les défenses énergétiques"

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"Quel est le statut ?"
L'émissaire était plus détendu. Les appareils ennemis ne semblaient pas capables d'atteindre la frégate elle-même.
Ils ne pouvaient que virevolter autour du grand vaisseau, et s'attaquer à ses défenses externes. On avait même aperçu la corvette tenter de lancer un missile, puis se raviser devant la puissance des champs de protection.

"Nous prenons l'avantage"
"Ils vont payer pour nos camarades" ajouta le commandant.
"Que les BF retournés en soute soient réparés. Il nous en faut un en fonctionnement pour lancer une charge magnétique"
"Les deux BF recueillis sont trop endommagés mon commandant, mais nous pouvons activer l'escadron de réserve".
"Très bien, faites cela. Le point sur nos missiles et armes à particules"
"Il nous reste quelques missiles, mais nous ne le recommandons pas compte tenu du dernier assaut. La canon à particule semble mieux indiqué"
"Parfait. Manoeuvre d'approchement, nous allons nous placer en limite de portée"

Du coin de l'oeuil, l'émissaire admirait le travail des intercepteurs. Ils semblaient considérablement plus agiles que les vaisseaux contrebandiers. S'il n'y avait pas cette corvette qui semblait pouvoir faire feux de n'importe quel angle, ils auraient probablement achevé les agresseurs depuis longtemps avec l'aide des tirs de la frégate.

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Les mains d'Ali étaient moites, ce qui ne l'aidait pas à contrôler les opérations. Il les essuyait régulièrement sur sa combinaison.
L'assaut était dur, beaucoup plus dur qu'il ne l'avait envisagé. Ces intercepteurs étaient une vrai plaie, mais il fallait les maintenir occupés.

Une brusque secousse l'arracha à moitié de son fauteuil. La pesanteur artificielle s'arrêta l'espace d'une ou deux secondes, puis l'ensemble du système se remis en marche.
"Nous avons été touchés" s'écria Léa depuis sa tourelle
Un rapide coup d'oeil aux cadrans indiquaient que tout était en marche.
"Ce n'est rien. Nous pouvons remercier les Sci-Nech !"
Une merveille ces surfaces absorbantes. Un bon investissement, car un tel tir aurait probablement passé le blindage de la coque. Si l'on excluait les deux secondes d'inactivité liées au rechargement de la surface, cet équipement était parfait.

Mais deux secondes, c'était le temps qu'il avait fallu pour que les intercepteurs se mettent en position; Les tourelles étaient vulnérables. Il fallait absolument faire quelque chose.
"Je les ai sur mon dos ! Ali ! Ali !"
"Oui Rick, nous y arrivons"
Lancement des contre mesures, c'était inoffensif, mais allait les perturber une seconde pour se placer sur un autre angle.
"Ali, qu'est ce que tu fais ??" s'écria Léa
Le vaisseau tournait, de plus en plus vite; la courbe et l'angle inhabituels allait forcer les intercepteurs à quitter la formation pour éviter des collisions.
Et de plus, le voilà en position face à l'autre escadron. Ali sentait la rage monter de ses entrailles.
Il faut encore tenir quelques secondes...

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"Sommes nous en place pour le tir ?"
"Pas encore mon commandant. Le transporteur tente de s'éloigner, mais nous le rattrapons. Tir efficace possible dans moins de quatre minutes"
"Bien, et les moustiques ?"
"Un de leurs escadrons a été entièrement détruit par nos intercepteurs; L'autre a reçu le soutien de la corvette. Nous concentrons nos tirs depuis le quart avant babord"
"Parfait"
Le commandant semblait satisfait, et ne pas accorder d'importance à ces petits appareils. Pourtant, ils retardaient le lancement des BF de réserve, et l'émissaire avait nettement vu la corvette subir un tir de canon lourd et repartir, apparemment à pleine puissance. Il faudrait qu'il se renseigne sur cet engin. Probablement une trouvaille intéressante pour les armées Rhodiennes. De quoi augmenter le statut de son clan au sein de l'Empire.

Bien, il faudrait probablement donner quelques explications au conseil Jehmin, mais le plus important était l'arrivée du générateur; Avec ça, les installations enterrées d'Ahchet'Yl ne pourrons plus résister, et la prise de cette planète capitale ne sera l'affaire que d'un cycle. Enfin. Et lui, l'émissaire Rohdien, serait récompensé par son clan. Une nouvelle vie...

"Qu'est-ce que ces appareils ?"
"Nous ne les avons pas vu. Ils sont sur notre flanc de propulsion, et échappent à nos détecteurs de présence"
"Comment est-ce possible ? Hyper-espace ?"
"Aucune trace. Nous n'avons pas d'explication"

L'émissaire sorti de sa rêverie pour comtempler le visage inquiet de l'opératrice. Qu'est-ce que quelques "moustiques" supplémentaires allaient bien pouvoir changer ?

"Ils lancent un missile"
L'émissaire senti sa chair se hérisser.
"Quel genre ?" demanda le commandant
"Nous analysons... "
Un lourd silence s'établit autour de l'opératrice
"C'est une charge magnétique !!"
"Comm.... ?"
Le commandant était sans voix. Il savait ce que cela signifiait. Et l'émissaire aussi. La charge magnétique allait faire tomber le bouclier sur la surface de propulsion. Et si elle était suivi d'un autre missile...

Les yeux embués, l'émissaire regardait la projection, transposée sur le grand écran de la passerelle. Tout l'équipage retenait son souffle en observant la scène. L'opératrice avait déjà caché son visage entre ses mains.

"Impact dans 5 secondes. 4 .. 3.."

"Y a-t-il une autre charge ?" demanda l'émissaire à l'opératrice

Elle ne répondit pas. Alors il comprit.
Calmement, il s'assit près d'elle, et lui prenant la main, se pencha à son oreille.
"Je m'appelle Tarik" dit-il
Elle sourit. L'instant d'après, la secousse caractéristique d'une rupture de coque suivie d'un souffle nucléaire envahit le vaisseau...
 
Beautifully_chaotic
2005/11/4

A mon frère de coeur...

On comprend parfois mal comment deux personnes fortement liées en viennent à se séparer, comment un couple soudé par 20 ans de vie commune peut un jour se déchirer.
Comment peut-on passer si rapidement de l'amour à la haine et inversement ? Alors même que ces deux sentiments sembles radicalement opposés. En vérité je vous le dis (houlà ça fait très biblique cette tournure de phrase...), ces deux sentiments ne sont antagonistes que par leur nature, pas par leur intensité, et c'est ce qui fait toute la différence... Voilà ce que j'avais écrit il y a quelques temps dans un roman resté inachevé...

Il s’amusa alors à se remémorer avec ironie comment les gens percevaient l’amour et la haine : comme deux sentiments antagonistes. Mais lui savait que c’était faux. Deux sentiments ne sont pas antagonistes par leur nature mais par leur différence d’intensité. Or, la haine et l’amour sont des sentiments aussi forts l’un que l’autre. A ce titre ils ne sont nullement antagonistes. Il est donc très aisé de passer de l’un à l’autre. Surtout lorsque l’on admet le constat que la plus grande haine naît du plus fort des amours déçus. Il l’avait donc aimé autant qu’il l'avait haï. Et cela n’avait rien de paradoxal, il le savait.

 
Ne négligez jamais la communication dans votre couple sous peine de vivre le plus grand gâchis de votre vie. En amour tout semble permis, mais tout semble possible aussi...